Artisanat d’art d’excellence

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Pour son voisinage, il était « le bel endormi » jusqu’à ce que Marie-Hélène Poisson, restauratrice de meubles et objets d’art en marqueterie Boulle(1), le réveille. Il y a un an, à Savigny-sur-Braye, les volets du château de Fretay se sont ouverts à nouveau, ses fenêtres éclairées. Un coup de cœur qui n’a rien de… secondaire. L’artisane d’art et son mari ont, en effet, fait le choix de quitter Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) pour vivre en Vendômois, au cœur d’une nature généreuse, entourés d’animaux, chevaux, ânes, chèvres, moutons, basse-cour, chiens, chats. Ainsi que d’y travailler pour Marie-Hélène.

Après des travaux d’aménagement, l’artisane d’art a installé son atelier dans une dépendance. La lumière y entre à flots. Dans cet univers, le bois blond du parquet s’harmonise avec la brique et les boiseries d’une porte ancienne ; les dorures et le bois sombre des meubles et objets datant des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles s’éclairent de leur côté sous l’influence de suspensions, cette fois, résolument contemporaines. Petits pots de pigments alignés sagement, matériaux précieux et outillage de découpe ‒ comme une magistrale scie à arbalète ‒ occupent aussi leur part d’espace.

Noblesse des matériaux

Des pièces chargées d’histoire (des XVIIIe et XIXe siècles) ‒ confiées pour certaines par de grands collectionneurs français et étrangers (USA, Italie, Angleterre, Allemagne…), des particuliers, la direction du patrimoine et des antiquaires… ‒, sont alors délicatement « déshabillées » pour les besoins d’une restauration dont les différentes étapes sont assurées au sein de l’atelier. La découpe des marqueteries, le travail et la coloration de l’écaille, « les collages sous-vide avec des colles traditionnelles réversibles », souligne l’artisane. Le laiton, l’étain ainsi que des matériaux naturels comme l’écaille de tortue (dont l’emploi s’accompagne d’une réglementation sévère et de contrôles rigoureux à l’image de l’ivoire), la nacre, l’os de bœuf, la corne ou encore l’ébène et le poirier noirci pour les bois, sont les différents matériaux nobles employés dans la création d’ornements en marqueterie Boulle. La précision du geste dans la découpe se retrouve dans la gravure ornementale au burin. « C’est ce qui structure les éléments en laiton. »

Plus qu’un métier

« Faire ce que l’on aime est un grand luxe ! » considère Marie-Hélène Poisson. Ce « métier passion » qui est le sien, elle a commencé à l’apprendre au côté de son père. « Petite, au retour de l’école, je retrouvais mes parents à l’atelier et pour m’occuper, je bricolais. J’ai appris mon métier comme cela. À 17 ans, j’ai dit : « Je veux faire ce métier ! » Mon père m’a alors confié la marqueterie d’une table à découper. »
Sa grande maîtrise de la découpe reconnue à l’école Boulle, on lui conseille alors de se former au métier de graveur. « Pendant des mois, j’ai appris à tracer des bâtons en gravure », se remémore-t-elle avec un sourire. Un travail fastidieux qui découragera plus d’un élève mais qui donnera une précision du geste incomparable aux assidus dont l’artisane fait partie et qui fait la réputation de son travail aujourd’hui. « Nous sommes moins de cinq dans le monde à savoir graver la marqueterie Boulle ! »

Préserver un savoir-faire et le revisiter

Troisième génération de la famille à pratiquer ce métier, Marie-Hélène voit avec grand plaisir sa fille Aurore marcher dans ses pas. À 21 ans, médaille d’argent en marqueterie au concours du Meilleur apprenti de France en 2017, elle engrange les connaissances et renforce son savoir-faire avec pour objectif l’ouverture de son propre atelier à Paris. Mère et fille s’attachent aussi à « revisiter » la marqueterie Boulle dans une vision plus moderne en utilisant des matières actuelles comme l’altuglas, la résine, le verre, le cuir, la peau de bison…, ainsi que la création d’objets usuels comme des coques d’iPhone, des marque-pages… L’atelier MHP est également en mesure de réaliser des créations sur-mesure. Annette Fluneau

(1) – André-Charles Boulle (10/11/1642 • 29/02/1732) : ébéniste, ciseleur, doreur… de Louis XIV à Versailles.

Info +
Formations pour adultes et ateliers pour les petits
Marie-Hélène Poisson donne des cours d’initiation aux techniques Boulle, le vendredi (10 h-12 h 30 ; 14 h-16 h 30) et le samedi à partir de 16 h 30.
Durée du cours : deux heures et demie. Tarif : 320 € les 10 cours, les matières premières sont offertes.
Enfants, à partir de 8 ans. Les élèves peuvent amener meuble ou objet personnels à restaurer dans le cadre du cours.
Tél. 06 83 85 66 35
www.atelier-mhp.com/fr

© Laurent Alvarez

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