Atelier-musée de la pierre à fusil

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Un lieu à découvrir à Meusnes

Autrefois, la taille du silex pour faire des pierres à fusil faisait vivre entre 700 et 800 tailleurs sur le secteur de Meusnes, Lye, Couffy et Châtillon-sur-Cher. Deux « survivants » poursuivent cette activité proche de l’art… et ils en vivent ! C’est à Meusnes, désignée capitale française de la pierre à fusil, que Jean-Jacques Dutrieux et Kevin Chartier taillent en carrés le précieux silex.

La fenêtre ouverte de l’atelier-musée confirme la présence des deux tailleurs ; le chant du silex que l’on taille aussi. La porte poussée, rien de commun avec un musée classique. Dans celui-ci, des hommes travaillent, ouvragent la pierre comme le faisait Néandertal ! Dans le monde, les tailleurs de pierre à fusil se comptent sur les doigts d’une main. « Nous sommes quatre ou cinq « à tout casser », dont deux en Europe continentale : vos serviteurs ! Nous sommes plus rares que les pandas ! » s’amuse Jean-Jacques Dutrieux.

 

Une clientèle internationale

Pas la moindre once de folklore dans leur travail pour autant. « Nous produisons de 40 000 à 80 000 pierres à fusil par an. Notre clientèle, internationale, est constituée de passionnés d’armes anciennes, de tireurs qui les utilisent toute l’année comme les Anglais. L’Allemagne en compte un million et les États-Unis beaucoup plus. Une seule commande, c’est parfois 10 000 pièces à tailler et à envoyer ! »
Leur production se retrouve tout naturellement sur les plateaux de cinéma. « Le film Pirates des Caraïbes a servi notre activité en faisant redécouvrir de façon ludique les armes à poudre noire au grand public. »

Anecdote de champ de bataille

Les reconstitutions de batailles historiques font, elles aussi, partie des « bons clients » des deux artisans. L’occasion pour Jean-Jacques de glisser une anecdote pour le moins… souriante. « L’ambiance qui règne sur ces champs de bataille est impressionnante par le bruit énorme produit par toutes ces armes anciennes réunies. Mais le plus drôle est à venir quand les tirs cessent et que la fumée des canons et des fusils retombe. Après avoir fait claquer de surprise les dentiers des anciens à 5 km à la ronde, dans le silence revenu vous entendez tous les marmots qui éclatent en sanglots ! »

Une seconde activité

Kevin, le jeune collègue de Jean-Jacques Dutrieux, développe une seconde activité au sein de la première : la taille de couteaux et de pointes de flèches. Ces derniers trouvent leur public, même s’il s’agit, là aussi, d’un cœur de cible. « C’est dans le silex le plus pur que l’on taille les pointes de flèche, le plus mauvais servira à faire une hache. »

Une matière première trouvée aux alentours

C’est dans la campagne environnante, les champs et les affleurements des alentours que les deux tailleurs récoltent leur matière première. « Le silex blond se rencontre dans les vignes, sur les coteaux de Meusnes, de Châtillon ; le silex noir, du côté de Saint-Aignan ou dans le lit du Cher. » Et du bon caillou, du rognon, il leur en faut, puisque « dans le meilleur des cas, même sur un bloc de qualité, il y aura 80 % de déchets. »

Différentes tailles

Selon l’arme, la pierre à fusil adopte différentes grandeurs. Elle se taille en pouce : 1/2 pouce pour la plus petite jusqu’à un pouce 1/4 pour la plus grande en passant par des intermédiaires, 5/8 de pouce, 3/4 de pouce, 7/8 de pouce et un pouce. Le silex, pour sa part, se taille en petits carrés. De 15 à 30 coups peuvent être tirés avec une pierre avant qu’elle soit usée. « Plus sur les armes d’origine », précise Jean-Jacques.
Devenir un très bon tailleur de pierre demande une certaine patience acquise au fil de quelques années de pratique : « Sept ans ! »
Annette Fluneau

Info +
Musée de la pierre à fusils
3, place Marguerite-Jourdain
Tél. 02 54 71 33 74
Tarif : 2 € ; gratuit moins de 10 ans
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© Cyril Chigot