François Weil, un artiste monumental

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François Weil emprunte à la nature des éléments qu’elle façonne à son temps et patine selon son humeur. Il en fait des sculptures monumentales qu’il érige comme le faisaient autrefois ses lointains ancêtres. Une différence les distingue : leur légèreté. Un souffle de vent, la poussée d’un doigt d’enfant… suffisent à les animer : François Weil nous montre que l’immobilité n’est qu’illusion.

Grand, large d’épaules, le sculpteur François Weil oppose aux éléments une stature en rapport. La rugosité de la pierre et du fer n’impressionne nullement sa main. Le bras de fer se termine parfois par une défaite de l’homme, mais des « gnons », il en prend parti avec philosophie.

D’autres matériaux avant

lci82_weil4La pierre ? Elle est entrée dans sa vie en 1991, a pris sa place et de la place, « ce qui naturellement amène au monumental », précise l’artiste. Avant elle, des « tas de matériaux » sont passés entre ses mains : la terre, le plâtre, le métal… D’une nature nomade, François Weil aime aller voir ailleurs ce qui s’y passe. Il rend visite à un ami qui travaille à Carrare en Italie, dans une carrière de marbre. La force du matériau le marque. « Quand j’ai voulu me lancer quelques années plus tard, je suis retourné là-bas pour apprendre. » Il se rend compte alors que ce rêve d’enfant qui l’avait nourri jusqu’à faire de lui un sculpteur ne trouvait pas son compte dans le travail d’atelier, « mais dans ce que je voyais dans la montagne ».

La pierre n’est pas morte

lci82_weil1Cette révélation s’accompagne de dépit. Loin de renoncer, l’artiste remonte à la source et se plonge dans l’étude des roches et de leur histoire. Il en extrait une évidence : « La pierre n’est pas morte, elle bouge dans le temps. Sauf que son échelle de temps est énorme. C’est ce qui fait que l’homme ne parvient pas à envisager la nature. Il oublie qu’il en fait partie et qu’il ne la contrôle pas. La pierre permet de pointer du doigt certains paradoxes avec lesquels on ne sait pas faire et qui nous amènent à commettre des erreurs. »
L’homme bouge de la pierre aussi en permanence. « J’aimais bien l’idée de visualiser ce mouvement. » Selon l’artiste, il permet d’envisager cette 4e dimension, celle du changement, qu’il serait bon de prendre en compte pour en faire quelque chose de positif. « Le mouvement donne un accès à quelque chose que l’on ne regarderait pas vraiment sinon. »

La tonne pour unité de mesure

lci82_weil2François Weil attend avec impatience la livraison de… 30 tonnes d’ardoise rouge en provenance du Vermont (États-Unis). « Beaucoup de mes pièces sont réalisées dans ce matériau, mais c’est devenu compliqué maintenant avec la fermeture de l’ardoiserie d’Angers. D’où mon départ pour les USA où j’ai découvert cette ardoise rouge. »
Celles qui ont été exposées à Chambord (octobre 2013-mars 2014) l’ont été avec des pierres d’ici. Une exposition marquante qui demandait d’opposer des œuvres pouvant se frotter à la force de cet édifice très imposant. Faite de granit, l’œuvre majeure de François Weil se trouve à Assouan, en Égypte. Elle pèse le poids monumental de… 60 tonnes. Sa réalisation a demandé plusieurs mois de préparation. Ne serait-ce que pour résoudre la problématique de résistance pour faire tenir en équilibre sur une pointe, 20 tonnes de granit ! « C’était excitant, stressant au possible… J’ai mis une année pour me remettre de cette création », dit-il.
Face à un bloc de 10 tonnes, François Weil se « contente » de mettre une idée. « Dessin et maquette ne sont tout simplement pas envisageables. Il y a toujours une part d’imprévu qui intervient et une histoire différente qui s’écrit. » Il assimile la phase de création à « un peu un jeu de Meccano. La durée de préparation est longue pour réunir tous les éléments. Un peu comme en cuisine. Arrive enfin le moment de l’assemblage et là, ce sont des moments intenses. » Un vrai rapport de force s’engage avec la matière que le sculpteur saisit alors à pleines mains.

Une clientèle éclectique

Certains sont riches, très riches, d’autres beaucoup moins. « Mes acheteurs sont essentiellement des particuliers. Parmi eux, j’ai des clients aux revenus modestes qui, à un moment, font le pas. Ce sont toujours des personnes qui s’impliquent, qui vont prendre dix ans, quinze ans pour s’approprier l’œuvre, mais qui le font. Ça peut être n’importe qui, il n’y a pas de règle ! » Capucine Beauchamp

Artiste international et… d’ici

Après la France et le Domaine national de Chambord, Canton (en Chine), où ses œuvres ont été exposées en 2013 et 2014, c’est en Belgique, à Bruxelles, que François Weil tracera son chemin de « cailloux » en 2015. Ses œuvres sont également visibles à Onzain, où le sculpteur vit et travaille quand il ne voyage pas, à la recherche de nouvelles pierres.
www.francoisweil.eu

© Capucine Beauchamp

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  1. Bonjour, nous vous avons découvert un dimanche ensoleillé lors d’une balade à Onzain ! vraiment par hasard et quel heureux hasard et belle découverte ! bravo pour votre travail, nous espérons pouvoir vous suivre régulièrement dans la région !

    Béatrice Fessy

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