Itinéraire d’un artisan pastier

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À Monthou-sur-Bièvre, Bertrand Monier fabrique des pâtes à partir de céréales locales qui proviennent directement de la ferme de la Guilbardière, où il a installé son atelier. En attendant d’être, lui aussi, paysan.

Agronome de formation, Bertrand Monier a découvert la condition des petits paysans lors d’un voyage d’étude au Laos, d’où il a tiré un documentaire réalisé en partenariat avec le CCFD1Terre solidaire. C’est là qu’est né son désir de militer pour « changer les choses », comme il dit, et œuvrer à une agriculture respectueuse de la condition paysanne. Son idée première, c’est le lobbying au sein d’institutions internationales. Mais avant de se lancer, Bertrand veut se confronter à la terre, pour connaître son sujet. La suite, elle est classique : après plusieurs années en tant qu’ouvrier agricole dans différentes fermes biologiques, l’ingénieur agronome se trouve bien les mains dans le cambouis et veut lui-même devenir paysan. « M’installer me permettait, en plus, de militer à travers les organisations syndicales et professionnelles pour une agriculture paysanne. »

Des pâtes au blé ancien

Mais trouver des terres n’est pas chose simple lorsqu’on ne vient pas du sérail. Alors il trouve un compromis : façonner un produit alimentaire de base. Les nouveaux boulangers sont légion. Il sera pastier. Mais il travaillera à partir de blé local et avec des variétés anciennes adaptées au terroir. Militants de la première heure pour une agriculture paysanne, Anne Martin et Gilles Guellier lui ouvrent les portes de leur ferme, la Guilbardière à Monthou-sur-Bièvre. Bertrand y sème du blé poulard destiné à ses pâtes et crée sa petite entreprise, Les Nouilles du Barbu, en référence à la pilosité de son blé phare.
Petit à petit, il étoffe sa gamme et travaille avec du sarrasin et du quinoa de la Ferme des Quatre Vents à La Chapelle-Saint-Martin-en-Plaine. Sèches ou fraîches, les recettes varient, ici au curcuma, là à la betterave, au curry ou à la châtaigne. Via les restaurants, les épiceries, les Amap (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, NDLR) et les magasins bio, Bertrand Monier trouve sa clientèle. « À 5 € le kilo, je vends mes pâtes à des clients engagés qui soutiennent une démarche et qui acceptent de payer plus cher pour manger local », assume-t-il.

Un rêve de ferme collective

Reste que sa petite entreprise a beau être florissante, Bertrand Monier n’en oublie pas son rêve premier : être paysan et semer ses propres céréales. Mais loin de s’imaginer seul sur sa ferme, il rêve d’un projet collectif avec d’autres jeunes aspirants à l’installation agricole. « Ce qui m’intéresse, c’est l’aventure humaine : comment on se met d’accord sur la répartition du travail, comment on partage les revenus. Une ferme sans le collectif, ça n’aurait pas le même sens. » Au-delà de l’aventure collective, c’est l’idée de reprise d’une ferme qui l’intéresse, pour disposer d’outils disponibles, s’inscrire dans une agriculture existante et la faire perdurer, éviter de voir disparaître les fermes, conserver des emplois, voire en créer. Pour garder une forme de dynamique dans les campagnes, en somme. Alice Enaudeau

Info +
Tél. 06 70 42 57 21
lebarbu@mailtoo.com

1 – Comité catholique contre la faim et pour le développement.

photos © Cyril Chigot

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