Laurent, photographe, commente ses photos

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Et si, une fois n’est pas coutume, on demandait aux photographes de commenter leur travail ? Laurent Alvarez, photographe indépendant, a accepté de revenir sur certaines images réalisées pour ce numéro estival (huit, au total). Il en explique un peu les coulisses et donne surtout son sentiment sur l’image finale.

Silhouettes aux jardins de Chaumont-sur-Loire (page 19)

« Il faisait très beau ce jour-là de mai et j’ai fait pas mal de photos au Festival des jardins avant, c’est toujours un plaisir de m’y retrouver, d’y flâner. J’avais repéré de loin un nuage de vapeur aux prés du Goualoup… l’eau m’attire depuis toujours. Ça a « titillé » ma curiosité ! Quand je suis arrivé, le sol était mouillé, et j’ai repéré des fils suspendus, accrochés entre les arbres, c’est là d’où tombait la vapeur.
Je suis rentré dans cet espace, le soleil était dans mon dos. Je me suis retourné ; de cette manière, la vapeur était magnifiée par le contrejour. Cette idée m’a emballé ! J’ai attendu que des personnes arrivent. C’est mon fils Evan qui apparaît le premier, suivi de ma fille Luna et d’une troisième personne que je ne connais pas.
Le fait qu’il y ait des personnes derrière donne de la profondeur et de la grandeur au jardin et une part d’étrangeté à l’image. J’ai donc attendu le bon moment, où il y a eu ces trois personnes, la vapeur et le soleil, j’ai déclenché mon appareil. J’avais fait un repérage sans personne ; j’ai attendu un bon quart d’heure pour provoquer cette image. J’aime le côté ombre chinoise, ce côté mystérieux… je savais qu’il y avait quelque chose à faire. S’il n’y avait pas eu mon fils au premier plan, j’aurais raté l’image. J’aime beaucoup la façon dont il place sa main ouverte.
Je ne savais pas ce que j’allais faire avant, j’ai essayé d’imaginer et d’anticiper un peu… À titre personnel, je suis très satisfait de cette image, c’est ma préférée ! »

Cavalière devant la commanderie d’Arville (page 43)

« Je ne voulais pas d’une photo classique de la commanderie. Je trouve le bâtiment particulièrement beau de l’extérieur, il est typique, et je souhaitais quelque chose qui attire l’œil. J’ai pensé naturellement au Perche et donc aux chevaux percherons. Je connais bien Estelle Mulovsky, de la ferme des Haies à Saint-Agil, qui a des percherons et j’ai évoqué avec elle l’idée d’un(e) cavalier(e) à cheval. Elle a trouvé l’idée super et a accepté de fixer une date.
Le jour J, en début d’après-midi, elle a mis un cheval à disposition, à la robe grise tachetée, c’était une couleur idéale pour l’image, et elle l’a préparé pendant une bonne heure (elles étaient trois à le laver, le brosser, lui nettoyer les pattes…) Estelle a emmené le cheval dans un camion direction Arville (Couëtron-du-Perche) ; j’avais déjà fait des repérages avec la commanderie en toile de fond et j’avais envisagé de faire l’image là, j’avais mon point de vue.
Mona, la cavalière, tournait, revenait sur la route, j’avais choisi mon cadre avec la route et sans la route… Et j’ai pensé : « Pourquoi ne pas aller dans le champ, pour un côté plus nature ? » J’ai trouvé l’idée sympa. On a dû faire des pauses forcées car c’était nuageux ce jour-là.
Au final, je suis très content de ma prise de vue, même si cela a duré longtemps, entre quatre et six heures (y compris la préparation du cheval). »

Chambord en bateau électrique (page 17)

« Pour cette prise de vue, c’était plus simple que pour d’autres. Je me suis posté au bord du canal, avec le château derrière, et je me suis dit que ça serait génial si un bateau arrivait. Dans ce cas, il faut avoir le réflexe d’anticiper. J’ai donc attendu qu’un bateau arrive et j’ai réalisé des photos en largeur et en hauteur pour avoir des vues similaires. Là, c’est une histoire de composition personnelle plus classique. Je voulais qu’il y ait un peu de feuillage au premier plan ; je souhaitais aussi que le bateau puisse continuer à avancer dans l’imaginaire, qu’on puisse imaginer une route possible.
La photo est classique, tout y est ; le château n’est pas « brûlé », j’y tenais vraiment.
Par la suite, j’ai rencontré la famille qui est sur l’image ; ce sont des personnes qui vivent dans le sud de la France, très heureuses de leur séjour en Val de Loire et ravies que leur photo soit, peut-être, publiée dans un magazine ! On leur enverra un ou deux exemplaires… »

Plan d’eau de Villiers-sur-Loir (page 4-5)

« Je suis un peu déçu par cette photo… car j’ai trouvé, le jour où j’y étais, qu’il y avait une belle ambiance de fin de journée que je n’ai pas su restituer. Il y avait une température de couleur particulière… et l’image n’est pas aussi chaleureuse que je l’aurais souhaité. Mais j’aime beaucoup la composition de l’image. Le voilier trace sa route…
Il faisait très chaud ce jour-là et je ressens de la légèreté dans l’image. J’aime bien son cadrage, on sent la douceur de l’après-midi à travers la couleur du ciel. »

Blois « by night » (page 5)

« Un samedi soir de mai, je suis allé photographier des terrasses de café dans le vieux-Blois. Je me suis retrouvé du côté de la cathédrale, il y avait un fond de ciel bleu clair sympa et je suis remonté en direction de la place de la République. J’avais pensé à faire des images des escaliers Denis-Papin, mais Blois, ce soir-là, était peu animé, il y faisait frais pour un mois de mai et j’étais un peu déçu de ne pas avoir trouvé grand-monde… J’avais dans l’esprit de rentrer chez moi et je me suis dit : « Vas jeter un coup d’œil du côté des escaliers… » C’est un côté instinctif qu’on ne maîtrise pas. Honnêtement, si je n’y étais pas allé, je n’en aurais pas dormi de la nuit !
J’ai vu ce gars posé sur le banc, j’ai déplié mon pied (d’appareil photo, NDLR) car je voulais avoir un « filé » (qui fait apparaître le mouvement, NDLR), en bas, dans les phares de voiture. Le gars est resté sur son banc toute la séance, il ne s’est pas retourné, je crois qu’il avait un casque sur les oreilles. C’est une belle histoire. J’ai fait mon cadrage sans me précipiter. Je ne connais même pas son visage ! (Il se reconnaîtra peut-être en voyant la photo ?), il ne m’a peut-être même pas vu.
J’ai testé, j’ai fait plusieurs images. J’aime bien le rendu. C’est comme si l’homme de la photo partageait avec nous la vue des escaliers Denis-Papin. En fait, sa présence habille la photo. C’est lui qui donne envie de regarder ce qu’il voit.
Je suis resté plus d’un quart d’heure, peut-être 20 min, je ne me suis pas rendu compte du temps (je n’ai pas la notion du temps quand je fais une image.)
J’aurais pu ne pas faire cette image ; avec le recul, je me suis dit que j’avais bien fait de venir… C’est une image que j’aime beaucoup. »

Vue de Vendôme la nuit (page 4)

« Pour cette image, c’est plus simple, c’est un vrai panoramique. J’ai fait trois-quatre photos que j’ai assemblées. Je me suis posté au parc du château, au-dessus de la ville. Je suis arrivé tôt, vers 19 h-20 h. Je suis resté plus de deux heures. J’ai posé le pied de l’appareil, je l’ai mis en place et j’ai attendu. (Mon fils était à côté, il a fait aussi des photos avec son smartphone, on le voit à droite sur la photo). Pour le côté technique, je suis en pause (environ 10 secondes de pause/photo). Au total, il y a quatre images ; dans chacune, on retrouve un détail de la précédente. J’ouvre ensuite Photoshop (logiciel de retouche photo, NDLR) et je rassemble les images.
Au final, je suis un peu déçu par la température de couleur ; l’équilibre chromatique m’a déçu… »

Le château des Énigmes (page 38-39)

« Ma commande était de faire une photo mystérieuse du château des Énigmes, un peu étrange. J’ai filtré (utilisé un filtre, NDLR) pour donner ce côté mystérieux. C’est ainsi, que l’eau paraît si apaisée mais j’aurais aimé que le ciel soit un peu plus flou.
Ça m’a permis de poser entre 15 et 30 secondes pour faire sentir ce côté un peu étonnant du château, que les éléments ‒ cieux, verdure, eau et feuillage ‒ soient plus en mouvement, mais Eole en avait décidé autrement. J’aurais aimé que le ciel soit plus tourmenté pour accentuer l’étrangeté du bâtiment, d’où l’importance d’avoir un peu de ciel dans cette image.
Je suis arrivé tard, il était 19 h (le château fermait ses portes), le propriétaire était là. Je lui ai expliqué ma démarche et mon souhait de faire une photo un peu étrange (inhabituelle ?), avec moins de lumière. Il m’a souhaité « bon courage ». Je suis resté une demi-heure au total, je me suis éloigné, rapproché, j’ai eu un peu de mal à aborder ce château. Les deux éléments primordiaux, selon moi, pour cette image, sont l’angle, qui reste important, ainsi que le fait de jouer avec le temps de pause. Le résultat n’est pas si mal… mais comme presque à chaque fois, je finis souvent par être déçu par mes images, en me disant que j’aurais pu avoir bien mieux ! »

Le Domaine des Hauts de Loire (page 14-15)

« C’est une image plus classique, traditionnelle. Le bâtiment est beau, j’aime la nuance du ciel, le parc est magnifique, bien mis en valeur. L’image est à la hauteur du lieu dans son ensemble. »