Rencontre avec Blandine Terrier, agricultrice engagée

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« Les règles de concurrence doivent être les mêmes pour tous les agriculteurs européens. »

Blandine Terrier, agricultrice à Vernou-en-Sologne, est une femme engagée. Rencontre chez elle, en son domaine solognot.

lci85_blandine_terrier2Loir&Cher le mag : Vous exercez de nombreuses responsabilités dans le domaine agricole. Pouvez-vous nous préciser lesquelles et nous dire pourquoi vous êtes aussi engagée ?
Blandine Terrier : Vice-Présidente de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) et de la Chambre d’agriculture de Loir-et-Cher, je suis par ailleurs présidente de l’interprofession volaille (CRIAVI) et de la Cafo (Coopérative agricole des fermiers de l’Orléanais). Depuis ma jeunesse, cette implication est naturelle. À 16 ans, j’étais présidente des Jeunes agriculteurs du canton puis j’ai rejoint la Jeune chambre économique de Romorantin-Lanthenay. J’aime l’action au service de la collectivité et de ma profession. Rassurez-vous, il me reste quand même un peu de temps pour m’adonner à ma passion favorite, la chasse… J’essaie de m’organiser au mieux.

L&C le mag : L’agriculture départementale souffre depuis plusieurs années. Est-ce le cas de votre exploitation ?
B. T. : La situation de nos agriculteurs est grave. Un tiers n’arrive plus à vivre de son travail. Au niveau de la communauté de communes de la Sologne des étangs par exemple, cette crise se traduit par la disparition de nombreuses exploitations ; aujourd’hui, il reste à peine 20 agriculteurs qui vivent de leur métier ! En ce qui me concerne, j’ai lci85_blandine_terrier3plusieurs activités agricoles sur trois sites : Mariaville, à Vernou-en-Sologne, où je produis du maïs, du sorgho, du trèfle, de la moutarde et de la jachère-faune sauvage et où je gère un élevage de poulets fermiers avec le label « Volaille de l’Orléanais ». J’ai aussi des terres à Veilleins que je cultive en maïs, lin et blé tendre amélioré et je possède 66 hectares en Beauce  ̶  du côté de Marchenoir, Villexanton et du Plessis l’Échelle  ̶  que je travaille en cultures sèches (blé tendre amélioré et blé dur, colza).
Depuis deux saisons, j’ai créé une activité de chasse sur le territoire de Mariaville (100 ha, 4 étangs), inscrite dans le réseau « Bienvenue à la ferme », mis en place par la Chambre d’agriculture. À terme, l’idée est de produire mon propre gibier (colverts, perdreaux et faisans) qui sera chassé par une clientèle de chasseurs aimant venir en Sologne. Je leur propose également de déguster mes produits « faits maison » comme la poule au pot, la pintade ou le poulet fermier.
Dans quelques mois, je vais enfin démarrer une production de légumineuses bio sur 70 hectares. C’est un pari, mais grâce à une aide à la reconversion de 300 €/ha, versée pendant trois ans, le projet semble viable.

L&C le mag : Une diversification bien préparée peut donc être une solution… Quid des circuits courts ?
B. T. : Associée à une bonne gestion, la diversification permet de dégager des revenus au prix cependant d’un gros investissement en temps. Mes semaines font bien plus que trente-cinq heures, mais mon résultat n’est pas suffisant pour recruter un second ouvrier agricole. Les circuits courts peuvent aussi apporter un complément mais il ne faut pas s’imaginer que l’agriculture française va redémarrer grâce à cela.

L&C le mag : Comment expliquer cette crise ? Certains agriculteurs s’en sortent-ils mieux ?
B. T. : C’est une crise des prix. Sur de nombreux marchés, notamment ceux qui sont mondialisés, ils baissent ou stagnent depuis plusieurs années alors que, parallèlement, les charges fixes augmentent de 3 ou 4 % par an. Aujourd’hui, la colère monte dans le monde agricole car beaucoup d’agriculteurs travaillent à perte. C’est le cas en particulier quand ils ont investi de façon importante dans des bâtiments ou du matériel. Seuls certains secteurs, les marchés de niches (bio, asperge, fraise…) ou les exploitations de grande taille offrent une rentabilité suffisante.

L&C le mag : Comment sortir de cette situation ?
B. T. : Il nous faut être entendus des pouvoirs publics ; c’est le sens de la manifestation à Paris du 3 septembre dernier à laquelle j’ai participé avec 100 autres collègues du Loir-et-Cher et qui a été très bien comprise de nos compatriotes. Les prix de base doivent être corrects c’est-à-dire, a minima, couvrir nos charges et assurer le renouvellement de l’outil de production. De même, il faut assouplir les réglementations pour que les règles de concurrence soient les mêmes pour tous les agriculteurs européens. C’est impératif si l’on veut maintenir une agriculture sur nos territoires. Depuis plusieurs années, on fait du social-environnemental, on entretient des territoires sans revenu en contrepartie. Il faut sortir de cette logique.
Je reste optimiste car notre agriculture a montré par le passé sa capacité d’adaptation. Elle s’est largement modernisée avec des productions variées et saines. Si la France et l’Europe savent prendre les mesures qui s’imposent, alors nous nous en sortirons et l’emploi repartira dans notre secteur. N’oublions pas qu’un agriculteur fait travailler sept personnes !

Propos recueillis par Jean-Luc Vezon

Info +
Tél. 06 60 30 00 79 – blandine.terrier41@orange.fr
www.domainedemariaville.fr

© Cyril Chigot

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