Tout lâcher pour le théâtre professionnel

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Elles ont entre 34 et 43 ans. Elles avaient chacune un emploi qu’elles ont lâché pour les planches. Réunies au sein de la compagnie du Divan, Laurence Boisot, Caroline Guisset et Céline Moreau avancent ensemble dans un milieu artistique qu’elles savent difficile.

lci82_theatre1Depuis qu’elle est adolescente, Laurence Boisot rêve de théâtre. Papa et maman n’étant pas très chauds pour laisser leur fille tenter l’aventure artistique, Laurence a suivi une voie plus classique en devenant professeure des écoles. Tout en pratiquant le théâtre en amateur, notamment au Théâtre de l’Épi à Blois où elle est souvent à l’affiche, et à travers le cursus qualifiant du conservatoire de Blois. Et puis il y a eu ce stage cinéma à Paris avec des comédiens professionnels. C’est là que la question a commencé à la tarauder. « Je me suis rendu compte que je n’étais pas ridicule à côté des professionnels. Je me suis dit “Et pourquoi pas moi ?” » En septembre 2013, à 33 ans, elle se met en disponibilité pour tenter l’aventure professionnelle. « Je me donne les moyens de faire ce que j’ai envie depuis toujours », dit-elle.

Le moment d’y aller

lci82_theatre2Au conservatoire, elle rencontre Caroline Guisset. Cette dernière, infirmière psy, travaille à la clinique de la Borde. Le théâtre, elle ne l’a pas vraiment pratiqué jusque-là mais elle a plus ou moins baigné dedans. À travers une expérience professionnelle en tant que régisseur et assistant réalisateur en Belgique, son pays natal, et à la clinique de la Borde via des spectacles avec les résidents. Sa seule expérience remonte à l’enfance, pour un spectacle d’école : « Un effet incroyable, un très grand souvenir ! » Elle ne remontera sur les planches que beaucoup plus tard à l’invitation d’un ami. Ce sera le déclencheur : « Ça a été une vraie aventure. Je crois que je ne m’autorisais pas à jouer avant ». Elle entre alors au conservatoire de Blois, en 2011, en même temps que Laurence. « Ça a été une sorte de révélation. J’y ai engrangé un maximum de choses. » À tel point qu’elle démissionne de La Borde en 2013, à 37 ans, pour se lancer. « À ce moment-là, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire. Mes enfants étaient un peu plus grands. C’était le moment d’y aller ! »

Être utile

lci82_theatre3Céline Moreau, quant à elle, a tout lâché début 2014. A 43 ans, la conseillère psychologue démissionne de la Mission locale de Blois pour animer des ateliers théâtre dans les écoles et créer des spectacles jeune public. « J’étais à bout de souffle dans mon travail et une évidence s’imposait : je pouvais être plus utile sur autre chose. » Le théâtre, elle le pratique depuis qu’elle est toute petite. À Villandry, ses parents montaient des pièces pour les enfants au foyer rural. Apprentie comédienne dès l’enfance, elle a poursuivi à travers différentes expériences, notamment avec la compagnie José Manuel Cano Lopez du Plessis Théâtre à La Riche (37). Elle a également monté des spectacles pluridisciplinaires pour enfants en Touraine. Arrivée à Blois en 2008, elle s’est immédiatement rapprochée du Théâtre de l’Épi où elle a rencontré Laurence avec qui elle a partagé l’affiche de On purge bébé, de Feydeau.

Se réunir pour oser se lancer

lci82_theatre4Toutes trois l’avouent : seules, elles n’auraient pas osé se lancer. D’où l’idée de se réunir pour monter des projets. Car Laurence le dit clairement : « Hors réseau, c’est difficile de faire sa place. Monter des spectacles, c’est le meilleur moyen de faire ce qu’on aime et de montrer ce qu’on sait faire. » Créée en 2011 par le Théâtre de l’Épi pour aller jouer à Avignon en 2012, la compagnie du Divan était disponible et ne demandait qu’à fonctionner. C’est chose faite depuis que Laurence et Caroline lui ont redonné vie en septembre 2013. Pour Céline, le choix n’a pas été facile : « La compagnie était connue pour des pièces contemporaines. Est-ce que mes créations jeune public pouvaient y trouver leur place ? Faire partie d’une compagnie, ce n’est pas rien, c’est adopter son identité… » lci82_theatre6Mais le collectif l’a emporté : Céline a rejoint la compagnie en septembre dernier et une section « Petit divan » a vu le jour. Laquelle démarre sur les chapeaux de roue : Céline et Laurence ont joué leur première création jeune public Même pas peur du noir en décembre, à Blois, dans le cadre du festival Des Lyres d’hiver. Les deux représentations ont affiché complet et ont reçu un bon accueil de la part des enfants comme de leurs parents. Le spectacle sera d’ailleurs proposé aux scolaires les 25 et 26 mars à la Maison de Bégon, à Blois.

Une pièce à Paris

lci82_theatre5De leur côté, Caroline et Laurence travaillent des textes contemporains. Leur première pièce commune, Toute ma vie j’ai été une femme, de Leslie Kaplan, mise en scène par Pierre Fesquet, a vu le jour le 10 janvier 2014 au Plessis Théâtre à La Riche, à l’issue d’une résidence de cinq jours. Elle a ensuite été programmée à Blois, en mars, dans le cadre de « Elles, une semaine au féminin », puis à la Maison des arts et de la musique d’Orléans en avril. Et même à Paris. Car pour toucher les programmateurs, il faut y être vu. Laurence et Caroline ont donc joué le jeu. Grâce à une campagne de crowdfunding (financement participatif, NDLR) sur KissKiss BankBank, elles ont obtenu les fonds nécessaires pour dix représentations au théâtre Darius-Milhaud dans le XIXe arrondissement, d’octobre à décembre. « Une sacrée expérience qui nous a permis d’améliorer et de faire aboutir le spectacle. Chaque soir, c’était nouveau. Il fallait tout reconstruire », dit Caroline. Laurence la rejoint : « C’était important de vivre ça. Contrairement à ce qu’on pense, les conditions sont très difficiles. La scène était petite, ce qui limitait les conditions du jeu. On a la salle une heure avant le spectacle et on doit la laisser une demi-heure après pour la compagnie suivante » ! Malgré des critiques très positives et la venue de l’auteur, Leslie Kaplan, la pièce a peiné à trouver son public au sein d’une offre surabondante, qui plus est à un horaire difficile, 19 h. Reste que les deux comédiennes n’en ressortent que le positif : « C’était une super expérience qui a permis de souder l’équipe », assure Laurence.

Des projets collectifs et en solo

lci82_theatre7Tout en tentant de vendre leur pièce, elles travaillent actuellement à une création commune avec la Ben compagnie, autre compagnie professionnelle blésoise. Au programme : L’École des mères, de Marivaux, qui sera présentée dans le cadre de « Elles, une semaine au féminin », en mars. Elles enchaîneront avec Votre maman, de Jean-Claude Grumberg, mise en scène par Coraline Cauchi, de la compagnie orléanaise Les Serres Chaudes. « Dans une période difficile, je pense qu’il est important de ne pas rester dans son coin. Au contraire, il faut se regrouper et s’ouvrir aux autres compagnies », note Laurence.

Toutes trois engagées dans ces projets collectifs, aucune ne s’interdit pour autant d’explorer des pistes en solitaire. À l’image de Laurence, qui court les castings cinéma dans la région et a un projet avec une compagnie nantaise, Caroline et Céline souhaitent multiplier les expériences chacune de son côté pour développer leur jeu, se frotter à d’autres méthodes de travail et réussir à décrocher le sacro-saint statut d’intermittent. Alice Enaudeau

Info +
11, boulevard Eugène-Riffault à Blois
Tél. 06 83 57 52 43 – lacompagniedudivan@gmail.com
www.lacompagniedudivan.com

© Nicolas Derré

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