Un chimiste devenu vigneron bio

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Après avoir parcouru le monde à faire des vins standardisés, Vincent Roussely a repris les vignes familiales à Angé pour y élaborer des vins bio dans le respect du terroir.

lci82_roussely_bouteilleIl y a « L’Élixir des anges », une cuvée qui fait appel à une vieille recette, que Vincent Roussely dédie à Angé, « Rêve de gosse » qui parle d’elle-même, la gamme des « Irréductibles », vendanges manuelles, cheval dans les rangs et vinification naturelle ou encore « Favorite », une cuvée en hommage à la Pompadour… « Chaque cuvée raconte une histoire », assure Vincent Roussely en présentant ses bouteilles aux étiquettes graphiques. Des vins personnalisés, que le vigneron souhaite sincères et authentiques.

Flying Wine Maker aux antipodes

lci82_roussely_vignesUne démarche à mille lieux de celle où Vincent Roussely a fait ses premières armes. Fils d’un négociant en vin qui parcourait la France au fil de ses pérégrinations professionnelles, Vincent a très vite attrapé le virus en accompagnant son père. Son diplôme d’œnologie en poche, il atterrit en Australie pour conseiller un des plus grands négociants du pays, avant d’aller faire de même en Afrique du Sud puis en Californie. Il est ce qu’on appelle un « Flying Wine Maker », un œnologue consultant employé durant une saison par un chai ou un négociant pour vinifier des vins « faits pour plaire ». lci82_roussely_tonneaux« Le vin est vinifié en fonction de questionnaires réalisés auprès de consommateurs britanniques, explique-t-il. Tout est possible pour élaborer les vins. » Vincent Roussely assume : « J’étais un chimiste, un médecin du vin. » Car dans ces chais-là, le vin se vinifie à coup d’intrants de toutes sortes (ensemble des produits qui ne sont pas naturellement présents dans le sol et qui y sont rajoutés afin d’améliorer le rendement de la culture, NDLR), pourvu que le goût soit celui attendu par le client. De retour en France, Vincent parcourt les vignobles pour se faire la main : il traverse la Corse, l’Alsace, la Bourgogne, le Muscadet… Il complète son parcours d’un master de commerce international et devient responsable de marché au Royaume-Uni pour un vigneron de Bourgogne.

Un vignoble converti en bio

lci82_roussely_closMais le rêve de gosse – qui a donné son nom à une cuvée – est toujours là. Depuis toujours, Vincent s’imagine reprendre les vignes de son grand-père. Lorsque le successeur de ce dernier part à la retraite, le jeune homme voit l’opportunité de trouver un pied à terre sur les terres familiales. Il a 26 ans et espère entretenir les vignes le week-end. Nul n’étant surhumain, Vincent finit par choisir : il quitte le business du vin pour devenir vigneron à temps plein. Un virage à 360 degrés. « Reprendre un vignoble, c’était aux antipodes de ce que j’avais fait avant. Mais j’avais vu les limites de la standardisation. Pour moi, ce n’était pas possible de travailler comme ça. » Vincent Roussely convertit ses vignes en agriculture biologique « pour faire des vins propres, les meilleurs possibles et de qualité ».

S’adresser aux consom’acteurs

lci82_boutiqueUn choix qu’il sait difficile, d’autant que la totalité du vin produit précédemment sur le vignoble partait au négoce. « Je devais tout redémarrer de zéro. En plus, j’étais jeune… alors mes vins ne rassuraient pas. » Il fait réaliser des étiquettes avec un dragon sous forme d’enluminure, pour faire « ancien » et pour convaincre. Face aux critiques, il tient bon, « habitué », dit-il. Car oui, le vin biologique est plus cher car les rendements sont moindres. Vincent l’assume. Il se tourne alors vers un système de distribution original via le site mesvignes.com dont la démarche vise les consom’acteurs. Le principe est simple : des clients de toute la France louent une parcelle de vigne sur Internet. En échange, les cuvées élaborées sur ces parcelles leur reviennent et ils sont invités à participer sur place aux moments clés de la vie de la vigne et du vin : taille, vendanges, vinification. Pour Vincent, c’est le vecteur idéal pour expliquer sa démarche : « Les clients peuvent non seulement comprendre comment le vin s’élabore mais aussi [comprendre] notre façon spécifique de travailler. Cette association m’a permis de me lancer et de faire connaître le travail du domaine. »

Des vins personnels

lci82_roussely_boutiqueRacheté par un groupe financier, le site mesvignes.com a finalement fermé en juillet 2014, mais Vincent poursuit sa démarche en développant l’accueil dans les vignes. Il y organise des stages d’œnologie et de découverte du métier et il croit fermement à l’œnotourisme. Alors qu’il vinifie certaines de ses cuvées en vin nature, il peut aussi en faire apprécier les saveurs à un public encore peu enclin à découvrir ces vins étonnants, tellement éloignés des standards de la viticulture. Ses cuvées hors appellation Touraine et Touraine Chenonceaux, classées en « Vin de France (VDF) », représentent d’ailleurs le quart de sa production.
À 40 ans, Vincent Roussely peut se targuer d’avoir construit un vignoble, Le Clos Roussely. Bien sûr, il ne le dit pas. Il dit juste sa satisfaction d’avoir pu racheter les anciens bâtiments familiaux qu’il a entièrement rénovés pour s’y installer en 2012. Ce qu’il revendique, en revanche, c’est d’éliminer petit à petit le dragon en enluminure de ses étiquettes pour y affirmer l’identité de ses vins via des illustrations graphiques et personnalisées.
Alice Enaudeau

Info +
11, route du Château – 41400 Angé
Tél. 02 54 32 86 46 – 06 88 21 82 54
www.closroussely.frfacebook.com/clos.roussely

© Cyril Chigot

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