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L’ADA Blois joue à guichets fermés dans une salle qu’elle juge trop petite

Par 8 min de lecture
Gradins vides d’une salle de sport vus depuis le parquet, éclairage allumé

L’essentiel

  • L’ADA Blois Basket 41 dispute sa onzième saison consécutive en ligue professionnelle. Elle évolue en Élite 2, la deuxième division, après deux saisons dans l’élite en 2022-2023 et 2023-2024.
  • La saison 2025-2026 s’est achevée sur une quatrième place en saison régulière (24 victoires, 14 défaites) et une élimination en quart de finale des play-offs face à Nantes.
  • Les dix-neuf matchs à domicile ont affiché complet. La salle, le Jeu de Paume, compte 2 339 places assises en configuration basket.
  • Le Jeu de Paume appartient à Agglopolys, pas au club. Il a coûté 19,51 millions d’euros et a ouvert en 2017.
  • Budget 2025-2026 : 4,6 millions d’euros, dont 630 000 € de subventions publiques, soit environ 13 à 14 %. Le président situe la norme du secteur autour d’un tiers.
  • Le club dispose depuis juin 2025 d’un centre de performance de 6 000 m², qui lui permet de réduire l’usage de la salle de 220 à 70 jours par an.
  • Dans le même temps, l’ADA Omnisports — association distincte, même racine historique — a été placée en liquidation judiciaire le 29 janvier 2026.

Commençons par lever une confusion qui traîne partout, y compris dans des pages encyclopédiques.

L’ADA Blois n’est pas en première division. Elle joue en Élite 2, l’ancienne Pro B, et y jouera encore en 2026-2027. Son passage dans l’élite a duré deux saisons, 2022-2023 et 2023-2024. Beaucoup de pages en ligne sont restées à cette période.

Une saison pleine, une marche non franchie

En 2025-2026, le club a terminé quatrième de la saison régulière avec 24 victoires pour 14 défaites sur 38 journées. En play-offs d’accession, il a été sorti en quart de finale par Nantes, deux manches à une, le match décisif ayant été perdu à domicile 68 à 88 fin mai.

Les deux places pour la première division sont allées à Roanne, champion de la saison régulière, et à Pau-Lacq-Orthez, vainqueur des play-offs.

L’année précédente avait été meilleure encore sur le papier : deuxième de la saison régulière, 28 victoires pour 10 défaites. Deux saisons dans le haut du tableau, deux fois sans la montée.

Le plafond est physique

C’est ici que le sujet cesse d’être sportif.

Les dix-neuf matchs à domicile de la saison ont été joués à guichets fermés. Seuls deux autres clubs de la division, Caen et La Rochelle, en ont fait autant.

Le Jeu de Paume compte 2 339 places assises en configuration basket. La moyenne de la division était de 2 753 spectateurs l’an dernier, pour un taux de remplissage de 80 %. Autrement dit : un club qui remplit toujours sa salle accueille structurellement moins de monde que la moyenne de ses concurrents.

L’écart avec le haut du tableau économique est vertigineux. Orléans, dans la même division, affiche 7 317 spectateurs de moyenne. Le 11 janvier 2026, un Orléans-Blois a rassemblé 10 150 spectateurs à CO’Met — record de la division.

La salle ne lui appartient pas. Le Jeu de Paume est la propriété d’Agglopolys, qui l’a fait construire pour 19,51 millions d’euros hors taxes et l’a ouverte en septembre 2017. Le club en est locataire.

Le sujet de son agrandissement a déjà provoqué une crise ouverte. En septembre 2023, le président Paul Seignolle a publiquement dénoncé une « trahison » de l’agglomération sur une extension qu’il disait promise, et évoqué sa démission. L’agglomération a mis en avant 500 000 € pour le centre de performance, 20 000 € de baisse de loyer et 40 000 € de soutien complémentaire. Le budget du club était alors passé de 4,4 à 4,2 millions pour la saison 2023-2024.

Un club peu subventionné

Le budget 2025-2026 s’établit à 4,6 millions d’euros, sixième ou septième de la division, contre 4,2 millions en 2024-2025.

Sa composition est le fait le plus intéressant du dossier. 630 000 € viennent des collectivités, soit environ 13 à 14 % du total. Le président lui-même situe la norme du secteur autour de 33 % et le dit publiquement. À titre de comparaison, Orléans recevrait 1,2 million d’euros de la seule ville.

En face, 241 partenaires privés sont réunis dans le club d’entreprises.

Il faut donc renverser une idée reçue. Reprocher à ce club de vivre de l’argent public serait inexact : il en dépendrait deux fois et demie moins que la norme évoquée par son président. Précisons que cette norme est une déclaration, pas une mesure : nous n’avons trouvé aucune moyenne de subventionnement publiée par la ligue. Sa dépendance est ailleurs — dans une salle qu’il ne possède pas et qu’il ne peut pas agrandir seul.

Deux réserves de méthode. Ce budget de 4,6 millions est un budget prévisionnel annoncé à la presse, pas un compte certifié. Et le dernier détail de subvention départementale que nous ayons — 120 800 € de subvention plus 139 206 € de prestations de communication et billetterie, votés en novembre 2023 — date de la période où le club évoluait en première division. Il a probablement changé depuis.

Le centre de performance, une réponse partielle

Inauguré le 18 juin 2025, le centre de performance occupe 6 000 m² d’une ancienne usine pharmaceutique, à trois cents mètres de la salle. On y trouve :

  • un terrain aux normes nationales et deux terrains de trois contre trois, avec 160 places assises ;
  • deux dortoirs de seize lits et vingt-quatre chambres ;
  • une salle de musculation et un restaurant de 110 couverts ;
  • un pôle médical de neuf praticiens.

Sa logique est économique autant que sportive. En déplaçant les entraînements, il fait passer l’usage du Jeu de Paume de 220 à 70 jours par an, ce qui représenterait environ 150 000 € d’économies annuelles, auxquelles s’ajoutent des recettes de location, de séminaires et de restauration.

Son coût fait l’objet de deux chiffres publics contradictoires : 6 millions d’euros selon la Ville de Blois et la presse spécialisée, 8,5 millions selon la Région. Les deux camps s’accordent sur un point : 2 millions d’euros de fonds européens, au titre du FEDER, le fonds européen de développement régional.

À lire : Le sport du Loir-et-Cher n’est pas celui qu’on croit — le basket y est légèrement sous la moyenne nationale, le handball nettement au-dessus.

Le contrepoint, à quelques rues de là

Il faut nommer une confusion pour l’écarter. L’ADA Blois Basket 41 et l’ADA Omnisports sont deux entités juridiques distinctes, qui partagent une racine historique — l’Abeille des Aydes — et rien d’autre. Salles différentes, budgets différents, gouvernances différentes.

L’ADA Omnisports a été placée en liquidation judiciaire le 29 janvier 2026 par le tribunal judiciaire de Blois. La cause avancée par les protagonistes, et que nous n’avons pas pu vérifier au jugement, est l’emprunt contracté en 2015 pour racheter le Palais des Sports, les gymnases et les terrains à la fondation Victor Dillard, dont l’échéance annuelle de 80 000 € était devenue insoutenable. La subvention municipale annuelle était de 100 000 €.

En juillet 2026, un bail provisoire a été négocié entre la liquidation et la Ville, qui garantit le loyer et a versé le solde de 30 000 €. Les activités et la scolarité reprennent en septembre 2026, pour une année scolaire seulement. Une pétition pour la sauvegarde du Palais des Sports, ouvert en 1908, a réuni environ un millier de signatures. La crainte exprimée par les signataires est celle d’une cession du site pour du logement.

Les chiffres de l’association varient d’un article à l’autre — de 800 à 850 licenciés, de 11 à plus de 20 sections, de 3 à 6 salariés — et nous ne les reprenons pas tant qu’ils ne sont pas confirmés par le mandataire.

Deux clubs, deux trajectoires. L’un remplit une salle publique neuve qu’il trouve trop petite. L’autre a été emporté par une salle qu’il avait voulu acheter.

Sources

Signé

Journaliste

Journaliste spécialisé dans l’actualité locale, je suis depuis plusieurs années la vie économique, sociale et culturelle du Loir-et-Cher. Je m’intéresse particulièrement aux transformations du territoire, à l’emploi et aux initiatives qui façonnent le quotidien de ses habitants. Pour Loir&cher lemag, je privilégie une information factuelle, documentée et ancrée dans les réalités du terrain.

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