L’essentiel
- 7,578 km de voie ferrée entre Villefranche-sur-Cher et Romorantin-Lanthenay ont été juridiquement fermés le 30 juin 2025, à la demande de la communauté de communes du Romorantinais et du Monestois, en vue d’une voie verte.
- La Région a investi 25,5 millions d’euros depuis 2023 sur la ligne du Blanc-Argent, seule ligne à voie métrique de la région. L’objectif officiel est la pérennité de l’infrastructure et la suppression des ralentissements — pas une hausse de la desserte.
- Le dernier chantier s’est achevé le 29 août 2026, après deux mois d’interruption entre Salbris et Romorantin.
- La seule fréquentation dont nous ayons une série publiée est celle de la gare qui part à Paris, et elle monte : Vendôme TGV est passée de 250 000 voyageurs en 2005 à 488 009 en 2023.
- 11,1 % des ménages du département n’ont aucune voiture, soit environ 17 000 foyers. Et 26 595 habitants ont 80 ans ou plus.
- Le transport à la demande régional existe, mais le jeu de données qui le décrit indique lui-même que des secteurs sont encore en cours d’ajout.
Deux décisions publiques et une courbe de fréquentation, entre 2023 et 2026, dessinent la même ligne : le Loir-et-Cher entretient les moyens d’en partir plus qu’il ne développe ceux d’y circuler.
Ce n’est pas une accusation, c’est une lecture. Chacune de ces décisions se défend séparément. Mises bout à bout, elles disent quelque chose.
Sept kilomètres et demi effacés
Le 30 juin 2025, le directeur général exécutif de SNCF Réseau a signé la fermeture administrative de 7,578 km de voie ferrée entre Villefranche-sur-Cher et Romorantin-Lanthenay, sur la ligne de Blois à Villefranche-sur-Cher. La décision a été publiée au bulletin officiel le 15 juillet, après autorisation ministérielle du 12 mai.
Le motif est explicite dans le document : la communauté de communes du Romorantinais et du Monestois souhaitait disposer d’une section « non circulée et neutralisée » en vue de créer une voie verte.
Deux précisions juridiques, parce que les mots ne sont pas interchangeables. La section est fermée, pas déclassée : elle reste dans le domaine public ferroviaire. Le déclassement, lui, est bien plus ancien pour l’autre bout de la ligne : la section Romorantin-Blois a été déclassée par décret en novembre 1954, après que le pont sur la Loire entre La Chaussée-Saint-Victor et le hameau des Noëls a été détruit pendant la Seconde Guerre mondiale et jamais reconstruit.
Autrement dit, la liaison ferroviaire Blois-Romorantin n’existe plus depuis soixante-dix ans. Ce qui vient d’être fermé, c’est le dernier segment resté au sud.
Les voies vertes sont défendues au titre de la sécurité, du tourisme et de la mobilité de proximité. Le Cerema a produit en 2024 une étude sur cette requalification précise. Mais une fermeture ferroviaire, même sur sept kilomètres et demi, est un acte à peu près irréversible : les coûts de remise en service dépassent presque toujours ce qu’une collectivité peut porter.
Vingt-cinq millions pour ne pas reculer
À quelques kilomètres de là, la Région Centre-Val de Loire a fait l’inverse.
Elle a investi 25,5 millions d’euros depuis 2023 dans la régénération de la ligne du Blanc-Argent, qui relie Salbris à Valençay et qui est la seule ligne à voie métrique de la région — un écartement de rails plus étroit que la normale, qui impose du matériel spécifique. Le chantier 2026 s’est déroulé entre Loreux et La Ferté-Imbault : travaux préparatoires du 15 au 28 juin, phase principale du 29 juin au 29 août 2026, avec interruption totale entre Salbris et Romorantin et maintien de la circulation entre Romorantin et Valençay.
Le calendrier a été calé sur l’été précisément parce que beaucoup de scolaires utilisent cette ligne.
Il faut lire l’objectif tel qu’il est formulé : assurer la pérennité de l’infrastructure pour quinze ans, supprimer les ralentissements et maintenir le niveau de trafic. Pas l’augmenter. C’est un investissement de conservation, et il faut le présenter comme tel : écrire que la Région « muscle la desserte » serait inexact.
La gare qui monte
Le seul indicateur dont nous ayons une série publiée concerne les départs vers Paris. Il monte.
La gare de Vendôme-Villiers-sur-Loir TGV a été inaugurée le 28 septembre 1990 — et non il y a trente ans, contrairement à ce qu’on lit parfois. Elle a donc trente-six ans en 2026. Elle est à quatre kilomètres de Vendôme, et met Paris-Montparnasse à 42 minutes pour 178 kilomètres. À l’ouverture, elle n’était desservie que par deux allers-retours quotidiens.
Sa fréquentation, telle qu’elle ressort des données ouvertes de la SNCF : 250 000 voyageurs en 2005, 426 558 en 2015, 433 234 en 2019, 488 009 en 2023.
Une note pour les amateurs, parce qu’elle n’est presque jamais localisée : le record du monde ferroviaire de 515,3 km/h, établi le 18 mai 1990, l’aurait été près du viaduc de Naveil, dans le Vendômois — donc en Loir-et-Cher. Nous n’avons pas trouvé de confirmation par la SNCF du point kilométrique exact : c’est pourquoi nous l’écrivons au conditionnel.
Ce que ça donne au quotidien
Le recensement de 2023, publié fin août 2026, permet de mesurer ce qui est en jeu.
Le département compte 153 182 ménages, dont 88,9 % disposent d’au moins une voiture et 42,8 % en ont deux ou plus. Il reste donc 11,1 % de ménages sans voiture, soit environ 17 000 foyers — un ordre de grandeur que nous calculons ici, l’Insee publiant le pourcentage et non le nombre.
Le non-équipement automobile est, au niveau national, concentré chez les ménages âgés et chez les ménages modestes ; nous n’avons pas trouvé de ventilation propre au Loir-et-Cher. Ce que nous savons du département, c’est qu’il compte 26 595 habitants de 80 ans ou plus et que sa densité, 51,8 habitants au kilomètre carré, est très inférieure à la moyenne nationale.
L’offre alternative existe. Le réseau régional Rémi affiche les tarifs suivants pour les cars départementaux :
| Titre | Prix |
|---|---|
| Billet unitaire | 3,40 € |
| Carte dix voyages | 24 € |
| Abonnement mensuel | 50 € |
| Abonnement annuel | 500 € |
Les réductions sont substantielles et peu connues :
- 4 à 14 ans et 15 à 25 ans : carte gratuite, jusqu’à 66 % de réduction ;
- 26 ans et plus, et 60 ans et plus : 33 % en semaine, 50 % les week-ends et jours fériés ;
- moins de 4 ans : gratuit.
Un transport à la demande régional existe également, et la Région en publie la carte des secteurs desservis en données ouvertes, avec des destinations qui incluent établissements de santé, marchés, maisons de retraite et mairies. Mais la page du jeu de données porte une mention qu’il faut lire : « de nouveaux enregistrements sont actuellement en cours d’ajout ». La carte est incomplète. Nous ne pouvons donc pas dire aujourd’hui, commune par commune, ce qui est réellement desservi — et c’est exactement ce qu’un habitant de quatre-vingts ans aurait besoin de savoir.
→ À lire : Se déplacer en Loir-et-Cher, notre page pratique.
Ce qu’il reste à établir
Nous n’avons pas pu produire trois données qui manquent à ce dossier, et nous préférons le dire que de les approcher.
Le rang du Loir-et-Cher parmi les départements les plus motorisés : 88,9 % est supérieur à la moyenne nationale, mais nous n’avons pas reconstitué le classement, et nous n’affirmerons donc pas de rang.
Les parts modales et la distance moyenne domicile-travail du département sur le millésime 2023.
Et la couverture réelle du transport à la demande, tant que le jeu de données régional est signalé comme incomplet.
Sur un point au moins, la réponse est claire : le Loir-et-Cher n’est concerné par aucune zone à faibles émissions, le dispositif ne s’imposant qu’aux agglomérations de plus de 150 000 habitants — la commune de Blois en compte un peu plus de 47 000, et son agglomération reste très en deçà du seuil. Précisons, puisque l’information circule mal, que ce dispositif n’a pas été supprimé : la disposition qui l’abrogeait a été censurée par le Conseil constitutionnel.
Sources
- SNCF Réseau — fermeture administrative de la section Villefranche-sur-Cher – Romorantin, bulletin officiel du 15 juillet 2025
- Cerema — « Requalification de l’ancienne voie SNCF entre Villefranche-sur-Cher et Romorantin-Lanthenay en voie verte », 2024
- Rémi Centre-Val de Loire — travaux de régénération de la ligne du Blanc-Argent et tarifs des cars Rémi
- Région Centre-Val de Loire — jeu de données « Rémi TAD, secteurs desservis »
- Ciclic — « Le TGV arrive en Centre-Val de Loire »
- Insee — Dossier complet, département du Loir-et-Cher, recensement 2023
- Maire-Info — décision du Conseil constitutionnel sur les ZFE
