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Le sport en Loir-et-Cher n’est pas celui qu’on croit

Par 6 min de lecture
Ballon de handball posé sur le parquet d’un gymnase désert, lignes de jeu au sol

L’essentiel

  • Sur la saison 2023-2024, rapporté à la population, le Loir-et-Cher est au-dessus de la moyenne nationale au handball (111 licences pour 10 000 habitants contre 86), à l’équitation (117 contre 93), au football (383 contre 344) et au tennis (179 contre 169).
  • Il est en dessous au basket-ball (88 contre 90) et nettement au judo (59 contre 80) et au golf (46 contre 61).
  • Le département comptait 52 200 licences unisports en 2022, soit 160 pour 1 000 habitants : exactement la moyenne régionale.
  • Mais il a perdu 7,2 % de ses licences entre 2017 et 2022, quand la France retrouvait puis dépassait son niveau d’avant-Covid.
  • Aucune donnée départementale postérieure à 2022 ne permet de dire si ce retard a été rattrapé. En France, 2024 a enregistré 17,2 millions de licences et la plus forte progression annuelle depuis vingt ans, soit 5,3 % de plus qu’en 2019.
  • Deux chiffres officiels circulent sur le département — « plus de 52 000 licenciés » et « plus de 70 000 » — et les deux sont exacts. Ils ne mesurent pas la même chose.

Demandez à un habitant du département quel est le sport du Loir-et-Cher. Il y a de bonnes chances qu’il réponde le basket, parce que Blois a un club professionnel et une salle qui affiche complet.

Les chiffres disent autre chose.

Le classement que personne n’a publié

L’Insee met à disposition, département par département, le nombre de licences rapporté à la population. Pour la saison 2023-2024, dernier millésime paru, voici ce que donne le Loir-et-Cher, en licences pour 10 000 habitants :

Fédération Loir-et-Cher France
Football 383 344
Tennis 179 169
Équitation 117 93
Handball 111 86
Basket-ball 88 90
Judo et disciplines associées 59 80
Golf 46 61

Le handball est la plus forte sur-représentation du département : près de 30 % au-dessus de la moyenne nationale. L’équitation suit de près, ce qui, en Sologne et dans le Vendômois, surprendra moins.

Et le basket est légèrement en dessous de la moyenne française. Un club professionnel très suivi n’entraîne pas mécaniquement les licences derrière lui. C’est un fait rarement dit, et il n’enlève rien au club : diriger un public vers une salle et diriger des enfants vers un club de quartier sont deux métiers différents.

À l’inverse, le judo comme le golf sont sous-représentés d’environ un quart.

Additionnées, ces sept fédérations donnent 983 licences pour 10 000 habitants dans le département contre 923 en France : sur ce périmètre restreint, le Loir-et-Cher est au-dessus. La somme est la nôtre ; l’Insee publie les lignes, pas le total.

À lire : L’ADA Blois joue à guichets fermés dans une salle qu’elle juge trop petite.

Le trou de six ans

Passons au volume d’ensemble. En 2022, le Loir-et-Cher comptait 52 200 licences unisports pour 327 400 habitants, soit 160 licences pour 1 000 habitants. C’est la moyenne du Centre-Val de Loire.

Mais la même étude signale que le département a perdu 7,2 % de ses licences entre 2017 et 2022. La région dans son ensemble restait alors 7 % sous son niveau d’avant la crise sanitaire.

Pendant ce temps, le rattrapage national a eu lieu. En 2024, les fédérations françaises ont délivré 17,2 millions de licences, en hausse de 3,8 % sur un an et de 5,3 % par rapport à 2019 : la plus forte progression annuelle depuis vingt ans, hors rebonds post-pandémie. Le rugby a gagné 13,2 %, le handball 11,2 %, le football 6,2 %.

On ne sait pas si le Loir-et-Cher a suivi. La dernière évolution publiée pour le département s’arrête à 2022. Écrire que le retard est comblé serait une extrapolation ; écrire qu’il persiste le serait tout autant. Les données existent — l’Injep publie chaque année un recensement géocodé des licences, dont le millésime 2024 est en ligne depuis décembre 2025 — mais personne ne les a exploitées à l’échelle du département.

Pourquoi deux chiffres officiels s’opposent

Un lecteur attentif trouvera, sur des pages publiques du département, deux affirmations incompatibles : « plus de 52 000 licenciés » d’un côté, « plus de 70 000 licenciés, 850 clubs, 38 comités départementaux » de l’autre.

Les deux sont exacts. Ils ne comptent pas la même chose. Le premier ne retient que les fédérations unisports. Le second ajoute le sport scolaire — l’UNSS, l’USEP — et les fédérations multisports et affinitaires.

Un écart de 18 000 « licenciés » entre deux pages officielles, sans que ni l’une ni l’autre ne précise son périmètre, dit assez bien pourquoi ces chiffres circulent mal.

Deux autres pièges méritent d’être signalés. Une licence n’est pas une personne : un même pratiquant peut en détenir plusieurs. Et le recensement localise les licenciés à leur domicile, pas à leur lieu de pratique — ce qui décale les comptes pour les clubs qui recrutent au-delà des limites du département.

Qui pratique, et qui ne pratique pas

Le déséquilibre le plus net n’est pas entre disciplines, il est entre générations.

Dans le Centre-Val de Loire, la moitié des licences sont détenues par des moins de 20 ans. Chez les 5-14 ans, on compte environ une licence pour deux personnes. Et, toujours au niveau régional, moins de 10 % des licences vont aux 65 ans et plus.

Or cette classe d’âge représente plus d’un quart de la population du Loir-et-Cher — environ 86 400 personnes, selon notre calcul à partir du recensement. Nous ne disposons pas de la ventilation par âge des licences du seul département : le contraste est probable, il n’est pas mesuré.

Sur les femmes, la donnée départementale est incomplète. En France, 38,9 % des licences étaient détenues par des femmes en 2024. En Centre-Val de Loire, la part était de 33,6 % en 2022. Aucune source publiée ne donne le taux de féminisation du seul Loir-et-Cher. Nous ne l’estimerons pas à partir des moyennes nationale et régionale : l’écart entre ces deux valeurs montre justement qu’il varie d’un territoire à l’autre.

Un dernier chiffre, pour finir sur ce que les licences ne mesurent pas : dans la région, quatre habitants sur cinq déclarent pratiquer une activité physique au moins occasionnellement, et deux sur trois régulièrement. Marche, course, vélo. La licence est un indicateur du sport organisé, pas du sport tout court.

Sources

Signé

Journaliste

Journaliste spécialisé dans l’actualité locale, je suis depuis plusieurs années la vie économique, sociale et culturelle du Loir-et-Cher. Je m’intéresse particulièrement aux transformations du territoire, à l’emploi et aux initiatives qui façonnent le quotidien de ses habitants. Pour Loir&cher lemag, je privilégie une information factuelle, documentée et ancrée dans les réalités du terrain.

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