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Goyer, l’usine de Fougères qui habille les tours de La Défense

Par 6 min de lecture
Profilés de menuiserie aluminium et verre feuilleté alignés en atelier

L’essentiel

  • Groupe Goyer conçoit et fabrique des façades de grands bâtiments — pas de la menuiserie au sens courant.
  • Son usine historique est à Fougères-sur-Bièvre, commune déléguée du Controis-en-Sologne : 70 000 m², une capacité annoncée de 200 000 m² de façades par an.
  • 102,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, entre 250 et 499 salariés selon le registre des entreprises, statut de « grande entreprise ».
  • Elle appartient au groupe Eiffage depuis 2005.
  • Ses façades habillent la tour Ariane, la tour Circle, un immeuble du village olympique et, en chantier, The Link, futur siège de TotalEnergies à La Défense.

Il y a des entreprises qu’un département connaît par leur enseigne, et d’autres qu’il croise sans les voir. Goyer est de la seconde espèce. Son nom ne dit rien à personne à Blois, et pourtant, quand vous levez les yeux sur les tours de La Défense, vous regardez souvent son travail.

L’usine est à Fougères-sur-Bièvre, entre Contres et Cheverny, dans une commune déléguée de quelques centaines d’habitants.

Ce que fait vraiment l’entreprise

Le mot « menuiserie » induit en erreur. Goyer fabrique des façades : des murs-rideaux, des façades dites à blocs-panneaux — des modules complets assemblés en usine puis posés à la grue —, des enveloppes en aluminium, des façades double-peau ventilée, des assemblages hybrides bois-aluminium.

La différence est industrielle plus qu’artisanale. Une façade à blocs-panneaux n’est pas montée sur le chantier morceau par morceau : elle arrive en éléments finis, vitrage compris, qu’on accroche à la structure. C’est plus rapide, plus précis, et cela suppose une usine capable de tenir des tolérances de quelques millimètres sur des milliers de pièces.

L’entreprise revendique la place de premier fabricant français sur ce type de façade, et se présente comme active depuis 1931.

Ce qu’elle a habillé

Les réalisations sont documentées par les communiqués du groupe et par la presse professionnelle.

The Link, à La Défense — le futur siège de TotalEnergies, deux tours de 228 et 165 mètres. Goyer a signé pour 98 000 m² de façades, dont environ 20 000 m² de double-peau, soit 16 000 blocs. C’est le chantier le plus lourd de l’entreprise.

La tour Ariane, à La Défense — rénovation complète de la façade, 23 320 m², plus de 2 240 blocs. Le chantier a été présenté comme un exercice de réemploi : une centaine de tonnes d’aluminium et 220 tonnes de verre valorisées, 800 tonnes de CO₂ évitées, et 220 écrans d’aluminium déposés réutilisés en installation dans le hall.

La tour Circle — remplacement de plus de 19 000 m² de façades de sept types différents sur un immeuble de 29 étages construit en 1990. La pose a démarré début 2025.

Le village des athlètes, à Saint-Ouen — la façade d’un immeuble de bureaux, 13 000 m², en blocs-panneaux essentiellement en bois. Le directeur technique de l’entreprise a expliqué à l’époque la difficulté propre au matériau : le bois travaille avec l’humidité, ce qui complique le respect des tolérances d’un module préfabriqué.

Une entreprise qui n’est plus indépendante

C’est le point que la discrétion de l’entreprise laisse dans l’ombre, et il change la lecture qu’on peut faire de son ancrage local.

Goyer appartient au groupe Eiffage depuis 2005. L’opération est documentée : en mai 2005, Eiffage a racheté douze sociétés pour 150 millions d’euros au total, et Goyer y figurait, décrit alors comme le numéro un français des façades-rideaux et menuiseries aluminium haut de gamme. Le prix payé pour Goyer seul n’a pas été rendu public.

L’entreprise le dit d’ailleurs elle-même, en creux : elle se présente comme ayant été indépendante « soixante-quatorze ans » avant de rejoindre le groupe. Le calcul renvoie bien à 1931.

Aujourd’hui, l’actionnaire enregistré est une filiale de participations d’Eiffage. La présidence a changé en novembre 2025.

Ce que pèse l’usine

Les chiffres publics portent sur la société, pas sur le seul site de Fougères — et il faut le dire, parce que la nuance est grande.

Indicateur Valeur Source
Chiffre d’affaires 102 533 704 € exercice 2024, données officielles
Résultat net 6 596 256 € exercice 2024
Effectif 250 à 499 salariés registre des entreprises, millésime 2023
Établissements 13 registre des entreprises
Catégorie grande entreprise classement INSEE

Le groupe annonce de son côté environ un millier de collaborateurs à l’échelle européenne, sept usines et une dizaine d’agences en France, en Suisse, au Royaume-Uni et en Pologne. Ce chiffre-là englobe des filiales étrangères ; il ne décrit pas Fougères.

Combien de personnes travaillent réellement sur le site du Controis-en-Sologne ? Ce n’est publié nulle part. C’est pourtant le chiffre qui intéresse le département. Nous ne l’estimerons pas à partir de l’effectif européen du groupe : celui-ci recouvre sept usines et une dizaine d’agences dans quatre pays.

Ce qu’on peut dire sans se tromper : une usine de 70 000 mètres carrés, une capacité de 200 000 mètres carrés de façades par an, et un chiffre d’affaires à trois chiffres de millions, dans une commune nouvelle de 6 787 habitants. C’est, à l’évidence, l’un des premiers employeurs industriels privés du sud du Loir-et-Cher.

Où c’est

Groupe Goyer — 9D rue de l’Arvaux, Fougères-sur-Bièvre, 41120 Le Controis-en-Sologne — 02 54 56 65 65 — groupegoyer.com

Fougères-sur-Bièvre est une commune déléguée du Controis-en-Sologne depuis le 1er janvier 2019, née de la fusion de Contres, Feings, Fougères-sur-Bièvre, Ouchamps et Thenay.

À lire : Comprendre la Sologne.

Sources

Signé

Journaliste

Journaliste spécialisé dans l’actualité locale, je suis depuis plusieurs années la vie économique, sociale et culturelle du Loir-et-Cher. Je m’intéresse particulièrement aux transformations du territoire, à l’emploi et aux initiatives qui façonnent le quotidien de ses habitants. Pour Loir&cher lemag, je privilégie une information factuelle, documentée et ancrée dans les réalités du terrain.

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