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Apprentissage : le Loir-et-Cher a moins profité du boom que ses voisins

Par 6 min de lecture
Établi de menuisier avec ciseaux à bois alignés et copeaux, deux mains au travail

L’essentiel

  • Les entrées en apprentissage ont progressé de 86,8 % dans le Loir-et-Cher entre 2017 et 2024, contre +106,2 % dans le Centre-Val de Loire.
  • Le département est cinquième sur six dans sa région, devant le seul Indre. L’Indre-et-Loire fait +143,9 %.
  • La région est passée de 13 470 entrées en 2017 à 27 870 en 2024.
  • Le département comptait 5 100 apprentis en 2022, soit 3,8 % de ses salariés.
  • À Blois, le centre de formation des apprentis de la chambre de métiers est en reconstruction pour environ 30,5 millions d’euros, financés à 25 millions par la Région. Objectif affiché : passer des quelque 1 150 apprentis annoncés en 2022 à 1 500, voire 1 800.
  • La progression départementale reste forte dans l’absolu. Ce qui interroge, c’est l’écart avec les voisins.

L’apprentissage a explosé en France depuis la réforme de 2018. Le Loir-et-Cher a suivi le mouvement — moins vite que les autres.

Le chiffre et sa lecture

La direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités a publié en octobre 2025 une note sur l’évolution de l’apprentissage entre 2017 et 2024. Elle compare les six départements du Centre-Val de Loire.

Département Évolution des entrées en apprentissage, 2017-2024
Indre-et-Loire +143,9 %
Eure-et-Loir +106,5 %
Centre-Val de Loire +106,2 %
Cher +99,2 %
Loiret +92,8 %
Loir-et-Cher +86,8 %
Indre +79,3 %

Trois précisions, parce qu’elles changent la lecture.

Ce sont des entrées, pas un stock. L’indicateur compte les nouveaux contrats signés dans l’année, pas le nombre d’apprentis présents à un instant donné.

+86,8 % reste une forte progression. Le nombre de nouveaux contrats a presque doublé en sept ans. Personne n’a reculé.

L’écart est de vingt points avec la moyenne régionale, et de cinquante-sept points avec l’Indre-et-Loire. C’est cet écart qui fait le sujet, pas le niveau.

Pour situer l’ordre de grandeur : le Centre-Val de Loire est passé de 13 470 entrées en 2017 à 27 870 en 2024.

Combien d’apprentis dans le département

La donnée la plus solide sur le stock vient de l’Insee, sur l’année 2022 : 5 100 apprentis en Loir-et-Cher, soit 3,8 % de l’ensemble des salariés du département.

Nous n’avons pas trouvé de chiffre départemental plus récent. C’est une lacune, dans un domaine où les politiques publiques ont beaucoup bougé depuis — notamment les aides à l’embauche d’apprentis, révisées à plusieurs reprises.

Trente millions à Blois, et une question

Pendant ce temps, le plus gros investissement de formation du département sort de terre.

Le centre de formation des apprentis interprofessionnel de Blois, rue André-Boulle, est en cours de reconstruction et d’extension. L’opération est portée par la chambre de métiers et de l’artisanat Centre-Val de Loire, dans sa délégation de Loir-et-Cher. Le coût annoncé en 2022 était de 30,454 millions d’euros, dont environ 20 millions de travaux.

Le financement, tel qu’il était présenté à l’époque : 25 millions apportés par la Région Centre-Val de Loire, 1,5 million par Agglopolys et les communes, 1 million par les opérateurs de compétences, 300 000 € par le Département, 110 000 € par la Ville de Blois.

Soit 27,9 des 30,45 millions annoncés. Le solde n’était pas détaillé dans les documents publiés à l’époque, et c’est une des questions que nous avons posées.

Selon les chiffres communiqués en 2022, l’établissement accueillait environ 1 150 à 1 200 apprentis. La cible annoncée est de 1 500 à 1 800.

Deux réserves, que nous préférons énoncer plutôt que de les taire. D’abord, ces chiffres datent de 2021-2022 : le chantier a été phasé par secteurs et son achèvement a été annoncé successivement pour fin 2025, février 2026, puis fin 2026. Ensuite, l’appellation « campus des métiers » qu’on lit parfois est trompeuse : il ne s’agit pas d’un campus des métiers et des qualifications au sens du label de l’Éducation nationale, mais du centre de formation de la chambre de métiers.

Quatre éléments manquent donc, et aucun n’est publié : la date réelle d’achèvement, le coût définitif, les effectifs de la rentrée 2026 et la ventilation des 2,5 millions d’euros restants. Nous les ajouterons dès que la chambre de métiers les rendra publics.

Une précision de périmètre, pour éviter une confusion avec un autre de nos articles : la Ville de Blois recense 632 étudiants en centre de formation d’apprentis dans son état des lieux de l’enseignement supérieur. Le chiffre du CFA de la chambre de métiers est bien plus élevé parce qu’il compte tous ses apprentis, y compris les niveaux CAP, quand la Ville ne retient vraisemblablement que le post-baccalauréat.

À lire : Vendôme, le bassin d’emploi qui va à contre-courant du reste du département.

Ce que ces chiffres posent comme question

Un département qui investit trente millions dans son principal centre de formation d’apprentis, et dont les entrées en apprentissage progressent moins vite que partout ailleurs dans sa région : les deux faits ne se contredisent pas nécessairement. L’investissement peut être une réponse au retard.

Mais ils appellent une explication que personne n’a publiée. Est-ce l’offre de formation qui manque, et alors laquelle ? Est-ce la demande des entreprises, dans un tissu industriel qui recrute plutôt des profils confirmés ? Est-ce la concurrence des centres de formation de Tours et d’Orléans, qui captent des jeunes du département ?

Nous n’avons pas la réponse, et nous ne la fabriquerons pas. Nous la cherchons.

Sources

Signé

Journaliste

Journaliste spécialisé dans l’actualité locale, je suis depuis plusieurs années la vie économique, sociale et culturelle du Loir-et-Cher. Je m’intéresse particulièrement aux transformations du territoire, à l’emploi et aux initiatives qui façonnent le quotidien de ses habitants. Pour Loir&cher lemag, je privilégie une information factuelle, documentée et ancrée dans les réalités du terrain.

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