L’essentiel
- Les employeurs du Loir-et-Cher déclarent 11 510 projets de recrutement pour 2026, contre 11 920 un an plus tôt : −3,4 %.
- Mais la part de ces projets jugés difficiles tombe de 58,7 % à 42,3 %, soit 16,4 points de moins en un an.
- Autrement dit : on prévoit de recruter presque autant, et on anticipe beaucoup moins de difficulté. La tension déclarée retombe.
- Le taux de chômage du département est de 6,7 % au premier trimestre 2026, le plus bas de la région Centre-Val de Loire, contre 7,5 % en région et 7,9 % en France métropolitaine.
- Les trois bassins ne vivent pas la même chose : Blois 7 500 projets et 41,6 % de difficultés, Romorantin 2 180 et 40,8 %, Vendôme 1 830 et 47,0 %.
- Un métier reste hors norme : les cent projets de recrutement de conducteurs de travaux et chefs de chantier non cadres sont tous jugés difficiles — sur un effectif si faible que le taux se joue à quelques réponses près.
Pendant quatre ans, un même refrain a couru dans le département : les entreprises ne trouvent personne. C’était vrai. Ça l’est beaucoup moins.
L’enquête Besoins en main-d’œuvre, que France Travail conduit chaque année auprès des employeurs, sert à mesurer leurs intentions d’embauche et la difficulté qu’ils anticipent. Pour le Loir-et-Cher, l’édition 2026 donne un chiffre qui n’a rien d’anodin : 42,3 % de projets jugés difficiles, contre 58,7 % l’an dernier.
Seize points en douze mois. C’est un des mouvements les plus nets qu’on puisse lire dans cette enquête.
Ce que ce chiffre veut dire, et ce qu’il ne veut pas dire
Il ne dit pas que les entreprises embauchent moins. Le volume de projets ne recule que de 3,4 % — notre calcul, sur deux valeurs que France Travail arrondit à la dizaine —, de 11 920 à 11 510. La demande de travail est à peu près stable.
Il ne dit pas non plus que les métiers en tension ont disparu. Certains restent introuvables, on y revient plus bas.
Ce qu’il dit, c’est qu’à volume comparable, les employeurs anticipent nettement moins de mal à pourvoir leurs postes. Il y a plus de candidats en face, ou des candidats plus disponibles, ou moins d’entreprises se disputant les mêmes profils. Le rapport de force se déplace.
Pour un salarié, c’est l’inverse d’une bonne nouvelle. Une tension de recrutement, c’est un pouvoir de négociation : sur le salaire, sur les horaires, sur les conditions. Quand elle retombe, ce pouvoir retombe avec elle.
Le paradoxe du meilleur département de sa région
Le Loir-et-Cher affiche 6,7 % de chômage au premier trimestre 2026. C’est le taux le plus bas de la région Centre-Val de Loire, où la moyenne est de 7,5 % et où le Loiret culmine à 8,2 %. La France métropolitaine est à 7,9 %.
Un point et demi sépare le meilleur département de sa région du moins bien loti. Le Loir-et-Cher est du bon côté, et de loin.
Le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A — ceux qui n’ont travaillé aucune heure dans le mois — s’établit à 12 320 personnes fin mars 2026, en hausse de 1,5 % sur un an. Toutes catégories confondues, 32 770 personnes sont inscrites, soit 0,5 % de plus qu’un an plus tôt.
Ces deux mouvements — un chômage bas qui remonte doucement, une tension de recrutement qui s’effondre — vont dans le même sens. Le marché du travail départemental se desserre.
Trois bassins, trois situations
L’enquête descend au niveau des bassins d’emploi, et c’est là qu’elle devient utile.
| Bassin | Projets de recrutement | Part jugée difficile |
|---|---|---|
| Blois | 7 500 | 41,6 % |
| Romorantin | 2 180 | 40,8 % |
| Vendôme | 1 830 | 47,0 % |
Blois concentre les deux tiers des intentions d’embauche du département. Romorantin affiche le taux de difficulté le plus bas. Et Vendôme, qui déclare le moins de projets, est celui où recruter reste le plus dur — de plus de cinq points.
Ce n’est pas un détail de statisticien. Un bassin qui embauche peu et qui peine à embaucher n’a pas le même problème qu’un bassin qui embauche beaucoup et facilement. Nous consacrons au cas vendômois un article séparé.
Les métiers qui ne trouvent toujours personne
La détente générale n’a pas touché tout le monde. Deux exemples, tirés de la même enquête :
- Conducteurs de travaux et chefs de chantier (non cadres) : cent projets déclarés, 100 % jugés difficiles. Aucun autre métier du département n’atteint ce niveau. Les cadres du bâtiment sont dans la même situation, sur trente projets.
- Conducteurs routiers : cent soixante-dix projets, 82,4 % jugés difficiles.
Un mot de prudence sur le premier chiffre. Cent projets, c’est peu : à cette échelle, un taux de 100 % se joue à quelques réponses près. Il signale une vraie difficulté, pas une crise nationale du chantier.
→ À lire : Apprentissage : le Loir-et-Cher a moins profité du boom que ses voisins.
Ce qu’il faut regarder maintenant
Une enquête d’intentions n’est pas une mesure de l’emploi réel. Elle dit ce que les employeurs prévoient et ce qu’ils craignent, en début d’année. Elle ne dit pas combien d’embauches ont effectivement eu lieu.
Trois choses méritent d’être suivies dans les mois qui viennent : si la remontée des demandeurs d’emploi de catégorie A s’accélère ; si les salaires proposés à l’embauche cessent de progresser, ce qui serait la traduction concrète du desserrement ; et si le décrochage de Vendôme se creuse ou se referme.
Sources
- France Travail — Enquête Besoins en main-d’œuvre 2026, tableau de bord du Loir-et-Cher
- France Travail — Enquête Besoins en main-d’œuvre 2025, Loir-et-Cher
- Insee — Taux de chômage localisés au premier trimestre 2026, publiés le 19 juin 2026
- France Travail — Data Emploi, panorama du Loir-et-Cher, données STMT au premier trimestre 2026
