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Vendôme, le bassin d’emploi qui va à contre-courant du reste du département

Par 6 min de lecture
Tour d’atelier de mécanique à l’arrêt, copeaux métalliques et clé posée sur le banc

L’essentiel

  • Le bassin d’emploi de Vendôme déclare 1 830 projets de recrutement en 2026, contre 7 500 à Blois et 2 180 à Romorantin.
  • C’est pourtant celui où recruter est le plus difficile : 47,0 % de projets jugés difficiles, contre 41,6 % à Blois et 40,8 % à Romorantin.
  • Il dispose de peu d’amortisseur saisonnier : 16,9 % de projets saisonniers, contre 51,4 % à Romorantin.
  • Sur 2024-2030, l’industrie du bassin perdrait 1 628 salariés partis à la retraite, soit 22,5 % de ses effectifs — la proportion la plus élevée du département.
  • Dans l’industrie et sur la seule année 2024, 85 % des projets de recrutement y étaient jugés difficiles, contre 43 % dans le bassin de Blois.
  • L’industrie départementale pèse 20 860 emplois, 770 entreprises et 23,9 % de l’emploi privé, au 31 décembre 2023.
  • Ce sont les emplois les mieux payés : 19 % de plus que le reste du privé en 2021.

Quand le Loir-et-Cher va bien, Vendôme va moins bien. Ce n’est pas une impression : trois séries de chiffres publics, produites par trois organismes différents, dessinent le même contour.

Premier chiffre : moins d’embauches, plus de difficulté

L’enquête Besoins en main-d’œuvre 2026 de France Travail ventile ses résultats par bassin. Vendôme y déclare 1 830 projets de recrutement, soit un sur six dans le département : c’est le plus petit des trois bassins. Jusque-là, rien d’anormal.

Ce qui l’est moins, c’est le taux de difficulté : 47,0 %, contre 41,6 % à Blois et 40,8 % à Romorantin. Plus de cinq points d’écart avec le reste du département. Recruter y est plus dur, alors qu’on y recrute moins. Le détail des trois bassins figure dans notre article sur la détente du recrutement dans le département.

Un troisième chiffre complète le tableau : 16,9 % seulement des projets vendômois sont saisonniers, contre 51,4 % à Romorantin. Le bassin de Romorantin vit une partie de son emploi au rythme du tourisme et de l’agroalimentaire ; les postes s’ouvrent et se ferment avec la saison. Vendôme, non. Ses besoins sont permanents, et un poste non pourvu y reste non pourvu.

Deuxième chiffre : une industrie qui a déjà du mal

L’Observatoire de l’économie et des territoires de Loir-et-Cher a publié en novembre 2024 une fiche consacrée à l’industrie départementale. Elle contient une phrase souvent citée, presque toujours mal citée.

La voici dans son périmètre exact : dans l’industrie, et sur la seule année 2024, 85 % des projets de recrutement étaient jugés difficiles dans le bassin de Vendôme, contre 43 % dans celui de Blois. Romorantin se situait à 51 %, et le département dans son ensemble à 60 %.

Ces taux ne valent que pour l’industrie, sur 2 140 projets de recrutement industriels recensés cette année-là. Les présenter comme le taux de difficulté tous secteurs, ou comme un chiffre d’aujourd’hui, serait faux. Mais dans leur périmètre, ils disent quelque chose de net : l’écart entre Vendôme et Blois est massif. Nous ne disposons d’aucune série antérieure permettant de dire depuis quand.

Troisième chiffre : la vague qui arrive

La même fiche contient une projection. Sur la période 2024-2030, l’industrie du Loir-et-Cher enregistrerait plus de 4 000 départs de salariés à la retraite, soit 21,6 % de ses effectifs.

Le conditionnel est celui de l’Observatoire, et il est justifié : l’estimation repose sur la pyramide des âges des déclarations sociales de 2019. Ce n’est pas un comptage, c’est une projection. Précisons aussi que ce pourcentage est rapporté aux effectifs de 2019 sur lesquels la projection a été construite, et non aux 19 200 salariés recensés fin 2023 que nous citons plus loin : le lecteur qui poserait la division ne retomberait pas sur 21,6 %.

Sa répartition mérite d’être lue. Vendôme : 1 628 départs, 22,5 % des effectifs industriels du bassin. Romorantin : 1 284. Blois : 1 106, soit 20,7 %. Ces trois valeurs totalisent 4 018, ce qui correspond bien au « plus de 4 000 » du document.

Vendôme est donc le bassin le plus exposé en volume — alors qu’il est le plus petit des trois pour les intentions d’embauche. En proportion, seuls deux taux sont publiés : 22,5 % à Vendôme contre 20,7 % à Blois. Celui de Romorantin ne figure pas dans le document, et nous ne le déduirons pas.

À lire : Recruter est redevenu plus facile en Loir-et-Cher, la vue d’ensemble départementale.

Ce que ces trois chiffres font ensemble

Pris séparément, aucun n’est alarmant. Un taux de difficulté élevé peut refléter des métiers pointus bien rémunérés. Une faible saisonnalité peut être un signe de stabilité. Une pyramide des âges vieillissante est le lot de toute l’industrie française.

Mis bout à bout, ils décrivent une situation précise : un bassin industriel qui peine déjà à recruter, sans volant saisonnier pour absorber les à-coups, et qui devrait, si la projection se vérifie, remplacer plus d’un salarié sur cinq en six ans.

C’est un problème de renouvellement, pas de conjoncture. Il ne se règle pas avec une bonne année.

Ce que pèse l’industrie du Loir-et-Cher

Pour situer l’enjeu, quelques ordres de grandeur, tirés de la même fiche de l’Observatoire.

L’industrie départementale, au 31 décembre 2023, c’est 20 860 emplois dont 19 200 salariés, répartis dans 770 entreprises, soit 23,9 % de l’emploi privé du département. Le Loir-et-Cher est le 21ᵉ département français pour le poids de l’emploi industriel.

Un point souvent oublié : ces emplois paient mieux. En 2021, le salaire brut annuel moyen en équivalent temps plein y était de 40 692 €, contre 34 091 € dans le reste du privé, soit un écart de 19,4 %.

Ce sont les emplois les mieux payés du département qui sont les plus difficiles à pourvoir, et les plus exposés au départ de leurs titulaires. C’est là qu’est le sujet.

Ce qui manque

Nous n’avons pas trouvé de donnée publique postérieure à 2024 sur la difficulté de recrutement dans l’industrie par bassin. La détente générale mesurée en 2026 sur tous les secteurs a-t-elle touché l’industrie vendômoise ? Personne ne l’a publié.

De même, la projection des départs à la retraite repose sur des données de 2019 : une actualisation existe peut-être, elle n’est pas en ligne.

Ces deux points resteront en suspens tant que l’Observatoire de l’économie et des territoires ou la Chambre de commerce et d’industrie n’auront pas publié d’actualisation. Nous les reprendrons dès qu’elle paraîtra.

Sources

Signé

Journaliste

Journaliste spécialisé dans l’actualité locale, je suis depuis plusieurs années la vie économique, sociale et culturelle du Loir-et-Cher. Je m’intéresse particulièrement aux transformations du territoire, à l’emploi et aux initiatives qui façonnent le quotidien de ses habitants. Pour Loir&cher lemag, je privilégie une information factuelle, documentée et ancrée dans les réalités du terrain.

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