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Étudier à Blois : 3 800 étudiants, et combien restent ensuite ?

Par 6 min de lecture
Quai de gare désert au petit matin, une valise posée seule près de la bordure

L’essentiel

  • Blois accueillait 3 809 étudiants en 2023, répartis dans quatorze établissements.
  • Le campus blésois de l’INSA Centre-Val de Loire, école publique d’ingénieurs, en comptait 810, avec un objectif de 1 150 en 2030. Viennent ensuite les lycées professionnels (775), les centres de formation d’apprentis (632), l’IUT (493) et les formations sanitaires et sociales (405).
  • Le Centre-Val de Loire est la deuxième région métropolitaine qui retient le moins ses natifs : 65,3 % y résident encore, et 38,5 % des natifs de 20 à 24 ans vivent ailleurs.
  • Sur une génération observée plus tôt, 27 % des jeunes qui vivaient dans la région à 17-18 ans habitaient une autre région après 22 ans — et la moitié d’entre eux étaient diplômés au moins d’une licence, contre 20 % de ceux restés.
  • Ce n’est pas le nombre d’étudiants qui fait le problème du département. C’est ce qui se passe après le diplôme.
  • Aucun total départemental fiable d’étudiants n’existe. Le chiffre de « 4 000 étudiants en Loir-et-Cher » qui circule provient d’une page sans source, dont d’autres données sont fausses.

Il y a deux façons de raconter l’enseignement supérieur en Loir-et-Cher. La première consiste à énumérer les formations. La seconde consiste à regarder qui est encore là cinq ans plus tard. Elles ne racontent pas la même histoire.

Ce que Blois accueille

La Ville de Blois a publié début 2025 un état des lieux portant sur l’année 2023 : 3 809 étudiants, quatorze établissements.

Les cinq principaux, sur quatorze établissements :

Établissement Étudiants (2023)
INSA Centre-Val de Loire, campus de Blois 810
Lycées professionnels 775
Centres de formation d’apprentis 632
IUT 493
Formations sanitaires et sociales 405
Neuf autres établissements 694

Ce décompte est celui de la Ville de Blois et ne recouvre pas les mêmes effectifs que ceux annoncés par les établissements eux-mêmes : le centre de formation d’apprentis de la chambre de métiers revendique à lui seul environ 1 150 apprentis, tous niveaux confondus. La Ville compte vraisemblablement le seul post-baccalauréat.

L’INSA est la pièce maîtresse : école d’ingénieurs publique, recrutement national, et un objectif affiché de 1 150 étudiants à l’horizon 2030, soit 40 % de plus que les 810 recensés en 2023.

Un mot sur ce que ce tableau ne dit pas. Le total départemental n’existe pas sous une forme vérifiable. Le chiffre de « environ 4 000 étudiants en Loir-et-Cher », qu’on trouve sur des pages de promotion du territoire, ne porte ni date ni source — et la même page affirme par ailleurs que le département compte 37 collèges publics, alors qu’il en compte 27. Nous ne le reprenons pas. Retenir : près de 3 800 étudiants à Blois en 2023, et ne pas extrapoler au département.

Ce qui se passe ensuite

C’est là que les chiffres deviennent inconfortables.

En février 2026, l’Insee a publié une donnée qui n’a guère circulé : le Centre-Val de Loire est la deuxième région de France métropolitaine qui retient le moins ses natifs. Seuls 65,3 % des personnes nées dans la région y résident encore. Et chez les 20-24 ans, 38,5 % des natifs vivent ailleurs.

Une étude antérieure, publiée en 2022, décrit le mécanisme plus finement. Elle a suivi les personnes qui résidaient en Centre-Val de Loire à 17-18 ans, repérées entre 2008 et 2013, puis les a observées à partir de 22 ans. Résultat : 27 % d’entre elles habitaient une autre région française.

Le détail est plus parlant que le total. Un jeune sur deux ayant quitté la région est diplômé au moins d’une licence, contre 20 % de ceux qui sont restés. Le départ n’est pas indifférencié : il sélectionne.

Deux mises en garde sur cette étude, parce qu’elle est souvent citée de travers. Le champ est une cohorte précise, sur une fenêtre d’âge précise — pas « les jeunes de la région » en général. Et les données ont entre quatre et douze ans. C’est ce qui rend la publication de 2026 précieuse : elle confirme le phénomène sur une mesure plus récente.

Ce que ça change pour le département

Un jeune qui part faire ses études ailleurs, c’est normal et souvent souhaitable. Un jeune qui part et ne revient pas, c’est un transfert. La collectivité a payé une scolarité — le collège pour le Département, le lycée pour la Région — et le bénéfice se perçoit ailleurs.

Rapprochons deux séries de chiffres de ce magazine. D’un côté, l’industrie du Loir-et-Cher : 20 860 emplois fin 2023, des salaires supérieurs de 19 % au reste du privé en 2021, et une projection de plus de 4 000 départs à la retraite d’ici 2030 — chiffres que nous avons détaillés dans notre article sur le bassin de Vendôme. De l’autre, une région dont 38,5 % des natifs de 20 à 24 ans résident ailleurs, et parmi eux les plus diplômés.

Ces deux faits ne se rencontrent nulle part dans les documents publics. Ils devraient.

Nous ne concluons pas qu’il y a là un problème mécanique : les emplois industriels qui se libèrent ne sont pas tous des emplois de diplômés du supérieur, et les jeunes qui partent ne visaient pas nécessairement ces postes. Mais poser les deux séries côte à côte est le minimum, et personne ne le fait.

À lire : Apprentissage : le Loir-et-Cher a moins profité du boom que ses voisins.

Ce qui manque pour aller plus loin

Trois données seraient nécessaires, et aucune n’est publiée.

Le nombre total d’étudiants du département, tous sites confondus, avec Vendôme et Romorantin. La destination des diplômés de l’INSA Blois trois ans après la sortie — l’école dispose de ces enquêtes d’insertion. Et le solde migratoire des 25-34 ans propre au Loir-et-Cher, qui dirait si le département récupère plus tard ceux qu’il perd à vingt ans.

Tant que l’INSA Centre-Val de Loire ne diffuse pas ses enquêtes d’insertion et que la Région ne publie pas de décompte départemental, la question reste sans réponse chiffrée. Nous compléterons cet article dès que l’une des trois données paraîtra.

Sources

Signé

Journaliste

Journaliste spécialisé dans l’actualité locale, je suis depuis plusieurs années la vie économique, sociale et culturelle du Loir-et-Cher. Je m’intéresse particulièrement aux transformations du territoire, à l’emploi et aux initiatives qui façonnent le quotidien de ses habitants. Pour Loir&cher lemag, je privilégie une information factuelle, documentée et ancrée dans les réalités du terrain.

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